Une vieille blague du temps de la Guerre Froide:
Un Soviétique et un Américain sont assis l’un à côté de l’autre dans un avion.
L’Américain demande au Soviétique : «Pourquoi allez-vous aux États-Unis?»
«Pour étudier la propagande américaine», répond le Soviétique.
«Quelle propagande américaine?» demande l’Américain.
«Exactement», répond le Soviétique.
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même le décor n’en peut plus
il referme ses portes
ses poignées en suspens
roule son plancher, range ses fenêtres
replie ses murs, retire son toit
et sans partir à l’aventure
va se faire voir ailleurs
ainsi la scène est mise à nu
l’empereur est dévêtu, ses vassaux déculottés
le monde chavire d’un côté, un dernier soir
se lève de l’autre, une nouvelle aube
entre les deux le chaos
les monstres sont aux abois
le peuple reste virtualisé
le peuple est abstrait
flottant de côté
variable mal ajustée
à la gravité des choses
la gramaire du monde est à refaire
sa syntaxe est déplumée, son style déchanté
s’ortograf, ah! s’ortograf, elle dégouline
dans l’égout des villes et la ruine des champs viciés
passait une playmate — elle avait perdu ses seins, les avait serrés dans un tiroir de sa commode que le décor a emportée — qui ne s’en faisait pas pour autant, elle souriait au monde, croyait au monde, s’était pliée en deux pour en tâter le sol, mouvant (le nouveau perçant l’ancien) mais fiable, il y a tant à faire, tant à voir, tant à dire, disait-elle, la tête dans le ciel bleu, les pieds dans le concevable, le corps en fragrance d’autrui, je suis extension du monde et je porte le monde en moi, je reste digne, vulnérable et têtue face à la déchéance de mes semblables qui courent, courent, affolés à l’idée de ne pas pouvoir rattraper le progrès, insensibles à la matière qui les dévorent, je ris, je chante, je danse, fière du passé empilé comme avalanche, le présent du sable entre les doigts, le futur toujours à portée de conscience, je suis instance, passage, tangence, je suis sentier dans l’aventure des possibles, avenue, que dis-je, avenue! grande allée ouverte sur l’approche, le désir et la résilience, elle était sûre d’elle-même dans l’algèbre abrégée des alternances, confiante que dans le désordre et la confusion les lignes de vie seraient fontaines d’évidence, d’ailleurs, ajouta-t-elle en aparté, je pourrai toujours me réfugier dans un magazine que le décor aura échappé dans sa fuite,
un ventru en revanche n’était pas aussi confiant, accroché au vide dans une position improbable il se lamentait du sort du monde, ne voyait dans le dérangement que la fuite en rond, d’issues qu’impasses dans les couloirs permutables du labyrinthe, sa clairvoyance que des posters avec le décor envolés, à vrai dire il s’en fichait, il se lamentait par habitude, résigné qu’il était de n’être que l’ombre d’une fiction sociale qui le nourrissait et qui l’emmitouflait dans la tiédeur des convenances et du rien, oh! il avait bien vu les lendemains qui chantent dans les miroirs magique que le décor dans sa défilade a brisés exprès, mais il n’y avait jamais cru, pas vraiment, pourquoi regarder quand il n’y a rien à voir? déclamait-il en faisant l’important, quoi dire quand il n’y a rien à dire? que faire quand il n’y a rien à faire? ne restait que l’illusion de la cohérence, le monde courait à sa perte, disait-il en faisant l’occupé, le monde avait perdu pied et le nord, le monde n’était plus que cacofonie incantatoire dénuée de passion, vidé comme lui de sa substance, je n’ai rien à y gagner, rien à y perdre, ma routine rapiécée par effet de reflet me suffit, je suis rouage inutile dans une mécanique futile et même si je me lamente je m’en contente,
un alien observait
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ozric tentacles epiphlioy

